À Port-Cros, on ne marche jamais loin du vide ni loin de la mer. L'île mesure un peu moins de 700 hectares, mais son relief tourmenté, hérité d'un socle schisteux plissé, impose des sentiers qui montent sec et redescendent de même. Le sentier des crêtes, qui mène au fort de la Vigie, point culminant à 194 mètres, reste le plus exigeant du réseau balisé du Parc national. Je le parcours plusieurs fois par saison pour vérifier l'état des balises et des câbles de sécurité : c'est un itinéraire sérieux, pas une promenade digestive.
Le point de départ, au port
Tout commence sur le quai, près du bureau du Parc national où l'on peut consulter la carte des sentiers et l'état du risque incendie du jour. En été, l'accès à certains tronçons est restreint dès que le niveau de danger passe au rouge : mieux vaut vérifier l'affichage avant de partir, les conditions changent parfois en quelques heures. Le sentier démarre derrière le fort du Moulin, grimpe immédiatement à travers une pinède de pins d'Alep (Pinus halepensis) mêlée de quelques chênes verts, puis rejoint la ligne de crête principale après environ 40 minutes d'effort régulier.
Distance, dénivelé, durée
Comptez environ 10 kilomètres pour la boucle complète via la Vigie et le retour par la Croix du Sud, pour un dénivelé cumulé proche de 400 mètres. La montée vers le fort de la Vigie, isolée du reste du parcours, prend à elle seule près de deux heures aller-retour depuis le port. Pour la boucle intégrale, prévoyez une demi-journée pleine, entre quatre et cinq heures de marche effective, pauses comprises. Le terrain alterne sentier caillouteux, passages rocheux où l'on s'aide parfois des mains, et quelques tronçons plus ombragés où la roche schisteuse affleure, polie par endroits.
Minimum 1,5 litre d'eau par personne, chaussures de randonnée à semelle crantée, chapeau. Il n'existe aucun point d'eau potable sur le parcours une fois le village quitté. Évitez de partir après 11 h en plein été : la chaleur sur les crêtes exposées devient difficile sans ombre continue.
Le fort de la Vigie, panorama et histoire
Construit au XIXe siècle pour compléter la défense de la rade, le fort de la Vigie occupe le point le plus haut de l'île. Il n'est pas ouvert à la visite, mais ses abords offrent une vue circulaire sur les îles d'Hyères, la presqu'île de Giens par temps clair, et le plateau sous-marin qui s'étend vers la Gabinière. C'est un bon endroit pour observer les balbuzards pêcheurs qui nichent sur l'île depuis leur réintroduction, ou simplement pour s'asseoir en silence quelques minutes avant la redescente. Le calme de cet endroit, loin de l'agitation du port en saison, vaut à lui seul la montée.
Variante côtière, pour les jambes moins aguerries
Si le sentier des crêtes paraît trop engagé, le sentier du Sud, qui longe la côte via la plage du Sud et le Vallon de la Solitude, reste plus abordable tout en offrant un dénivelé non négligeable, environ 200 mètres cumulés sur 6 kilomètres. Il traverse une forêt de chênes verts et de bruyères arborescentes, parmi les plus belles de l'île, avant de redescendre vers la Plage de la Palud. Ce parcours convient à des marcheurs modérément entraînés, en deux à trois heures, pauses incluses.
Saison, affluence, précautions
Le printemps, d'avril à juin, et l'arrière-saison, de septembre à octobre, offrent les meilleures conditions : températures modérées, lumière rasante sur les crêtes, moins de monde sur les bateaux. En juillet et août, les navettes depuis Hyères ou Le Lavandou sont souvent complètes dès le matin, et la chaleur rend la montée vers la Vigie pénible après 10 h. En cas de vent fort, les crêtes exposées peuvent devenir inconfortables, voire déconseillées par le Parc : renseignez-vous auprès de la Maison du Parc à votre arrivée. Aucun sentier de l'île n'est éclairé ni praticable de nuit en toute sécurité.
Respecter le cœur de parc
Port-Cros est le premier parc national marin d'Europe, créé en 1963. Rester sur les sentiers balisés n'est pas une simple recommandation : c'est une nécessité pour préserver une flore fragile, dont plusieurs espèces endémiques, et pour limiter le risque d'incendie sur une île sans réseau d'eau étendu. Ramassez vos déchets, ne cueillez rien, et laissez le silence faire le reste du travail.
