Pourquoi tant de canons pour si peu de terre ? Parce que Port-Cros possédait ce qui n'a pas de prix sur cette côte : une rade profonde, abritée de tous les vents. Qui la tenait tenait l'escale entre Toulon et l'Italie — corsaires barbaresques, flottes anglaises et ingénieurs du roi se la sont disputée pendant quatre cents ans, et chacun y a laissé sa pierre.

Le fort du Moulin, le gardien du port

C'est lui qu'on voit en premier depuis le bateau, posé sur son éperon au-dessus des mâts. Le plus ancien de l'île : édifié au XVIe siècle puis remanié sous Richelieu, après que le cardinal eut décidé de verrouiller les îles d'Or contre les raids barbaresques qui vidaient les villages provençaux. Incendié par les Anglais en 1793, reconstruit, il a fini sa carrière militaire en résidence — l'écrivain Melchior de Vogüé y séjourna, et c'est de cette époque que date la vocation romanesque de l'île. On ne visite pas l'intérieur, mais la montée (10 minutes depuis le port) offre le plus beau plongeon du regard sur la rade.

L'Estissac, la terrasse du Parc

Au-dessus du village, le fort de l'Estissac (1634, campagne de fortification de Richelieu lui aussi) est le seul qui se visite vraiment : le Parc national y installe en été ses expositions — faune marine, histoire de l'île — dans la grosse tour ronde. Montée en 20 minutes par le sentier depuis le village, entrée libre, et depuis la plateforme sommitale, la plus belle vue à 360° de l'île : la rade, Bagaud, Porquerolles, et par mistral clair les Alpes au fond. C'est l'arrêt idéal au retour de la plage de la Palud.

Port-Man et la Vigie, les sentinelles du bout

À la pointe nord-est, le fort de Port-Man garde la baie la plus solitaire de l'île — on l'atteint par une heure et demie de sentier en forêt, et c'est le but de la plus belle marche de Port-Cros. Fermé à la visite, il se contemple depuis sa baie en croissant, où l'eau fait des paliers de turquoise. Tout au sud, le fort de la Vigie (début XIXe, programme napoléonien) occupe le point culminant des falaises ; fermé lui aussi, il donne son prétexte au sentier des crêtes, la variante sportive avec les à-pics les plus spectaculaires de l'archipel.

LA BOUCLE DES FORTS
Port → fort du Moulin (10 min) → Estissac et son exposition (20 min de plus) → vallon de la Solitude → baie de Port-Man (1 h 30) → retour par le sentier des crêtes ou le même chemin. Comptez une demi-journée, 10-12 km selon la variante. Eau et chapeau obligatoires : il n'y a ni fontaine ni buvette passé le village.
Les forts au lever du jour, sans les bateaux ?Ça se joue en dormant sur l'île ou à Giens, premier bateau du matin.
Trouver où dormir

Ce que les forts racontent vraiment

Aucun de ces forts n'a livré de grande bataille — et c'est précisément leur succès : ils dissuadaient. Leur vraie victoire est ailleurs. Parce que l'armée a tenu ces hauteurs pendant des siècles, personne n'y a jamais construit ; quand l'État a reçu l'île en legs en 1963 pour en faire le premier parc national marin d'Europe, les crêtes étaient vierges. Les canons ont protégé l'île des hommes ; il ne restait plus qu'à la protéger pour eux. En montant à l'Estissac, vous marchez dans l'histoire d'une conservation qui a commencé par des remparts.

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