Port-Cros n'est pas une île à plages. Le relief tombe souvent droit dans l'eau, les criques se comptent sur les doigts d'une main, et c'est précisément ce qui tient les foules à distance. Trois noms reviennent dans les conversations du port : la Palud, la plus simple ; le Sud, la plus discrète ; Port-Man, la plus lointaine. Chacune impose son propre effort, et chacune le rend au centuple en silence.
La Palud, la plage que tout le monde croise
C'est la seule vraiment accessible sans effort : environ 1,2 km depuis le port, quinze à vingt minutes à pied par un chemin plat et ombragé de pins d'Alep (Pinus halepensis). Sable fin, fond qui reste peu profond sur une large bande (moins d'un mètre près du bord), eau souvent claire dès le matin. C'est aussi le point de départ du sentier sous-marin, un parcours balisé par des bouées jaunes sur environ 300 mètres, praticable avec un simple masque et un tuba, entre 1 et 3 mètres de fond. On y croise des sars (Diplodus sargus), des saupes (Sarpa salpa) qui circulent en bancs serrés, et de larges herbiers de posidonie (Posidonia oceanica) qu'il ne faut ni arracher ni piétiner en marchant dans l'eau. En juillet et août, la Palud se remplit vite après 10h ; venir tôt ou choisir septembre change tout.
La plage du Sud, l'autre versant
Moins citée, elle se mérite un peu plus : comptez vingt-cinq à trente minutes de marche depuis le port, par un chemin distinct de celui de la Palud. La plage est plus étroite, mélange de sable et de petits galets, avec moins d'ombre franche. On y vient surtout pour ce qui manque à la Palud en saison : de l'espace entre les serviettes et un silence qui n'est interrompu que par les cigales. Le fond descend un peu plus vite, ce qui convient bien à la nage plutôt qu'à la baignade des petits.
Aucune fontaine entre le village et les plages du Sud ou de Port-Man : prévoyez votre eau. Pas de location de parasol ni de transat sur l'île, chaussures de marche conseillées au-delà de la Palud, et chapeau quelle que soit la saison.
Port-Man, la baie qui se mérite
À la pointe nord-est de l'île, Port-Man est la plus isolée des trois : comptez deux heures à deux heures trente de marche aller, soit cinq à six kilomètres sur des sentiers qui montent et redescendent sans ombre continue. Beaucoup y accèdent plutôt par la mer, en voilier ou en annexe, la baie étant un mouillage apprécié depuis longtemps. À pied, l'effort écarte l'essentiel des visiteurs de la journée : on y trouve une plage de galets et de sable grossier, une eau souvent plus fraîche qu'ailleurs sur l'île, et des oiseaux marins qui nichent sur les hauteurs voisines. Rien n'y est aménagé, pas de point d'eau, pas d'ombre fiable : c'est un aller-retour à préparer, pas une improvisation d'après-midi.
Quand venir et comment s'organiser
Mai, juin et septembre restent les mois les plus confortables : eau déjà chaude ou encore tiède, fréquentation modérée, sentiers praticables sans chaleur écrasante. Juillet et août concentrent l'essentiel des visiteurs sur la Palud, ce qui laisse le Sud et Port-Man relativement tranquilles même en pleine saison. Les traversées se font depuis La Tour Fondue, à Hyères (environ vingt minutes de mer), ou depuis Le Lavandou (environ une heure), selon les compagnies et la période : vérifiez les horaires du jour avant de partir, les rotations étant réduites hors saison. Le village du port concentre les seuls points de restauration et de vente de l'île ; au-delà, on part autonome.
Ce que demande le Parc
Port-Cros est un parc national depuis 1963, le premier créé en mer en France, et les règles qui s'y appliquent ne sont pas décoratives. Le mouillage est interdit sur les herbiers de posidonie, repérables à leur couleur sombre sous l'eau, et réservé aux zones de corps-morts ou aux fonds de sable clair. La cueillette de tout végétal, coquillage ou fragment minéral est interdite, les chiens doivent rester tenus en laisse sur les sentiers autorisés, le camping et les feux sont proscrits sur l'ensemble de l'île. Rien de tout cela n'est contraignant pour qui vient simplement nager et marcher ; c'est surtout ce qui permet à la Palud, au Sud et à Port-Man de rester, cinquante ans après, à peu près ce qu'ils étaient.
